Mes couleurs fondamentales

Ou les 3 racines d’Yggdrasil

 

En hommage à Muriel

L’incarnat : la lumière des origines

Je le vois comme étant la lumière primordiale en nous, la lumière d’avant la chute.
Je ne sais pas comment mieux dire. Cette lumière est très présente dans les tableaux de Raphaël, particulièrement sa Madone Sixtine. Né dans l’idyllique Toscane, Raphaël répondit à l’appel de Rome avec le sens d’une chute hors du paradis. L’œuvre de Raphael est, selon moi, particulièrement imprégnée de cette nostalgie du paradis. D’où cette grâce ineffable, la lévité de l’éternelle jeunesse, cette eurythmie qu’il y a presque toujours dans ses tableaux.

Cela correspond clairement au « Puits de Urd », qu’alimente celle des 3 racines d’Yggdrasil qui nous connecte au souvenir de l’Esprit, un puits gardé par les forces qui tissent le destin.

L’émeraude : La lumière qui passe.

L’émeraude est quelque chose que j’associe au caractère impressionniste de ma peinture. Le terme « impressionniste » ne se limite pas ici à une école de peinture, mais à une attitude globale. Turner incarne selon moi cette attitude. Il se fit attacher au mat d’un bateau pendant une tempête de neige. Cette façon de se rendre présent à l’impression sensorielle dans son immédiateté passagère… Cette expérience du meurs et deviens, je la relie à l’émeraude, translucide d’ailleurs. Je vois en elle une clé de ce que j’appelle le yoga de la lumière. Il y a là une force vivifiante, dynamisante.

Alimentée par la « Fontaine de Mimir », une autre racine nous confère la sagesse d’une présence au monde. Nul hasard si cette fontaine est gardée par les géants ; le monde est grand.

Le miel sombre : la lumière qui nourrit la vie.

Oui, la couleur du miel, surtout dans un brun à la fois sombre et coruscant, est une assez bonne façon de décrire un des trois autres « états fondamentaux » qui dicte mon style ; le fait de peintre dans un état de « miel ». Mais il faudrait décrire cela comme une ambiance très intériorisée, où le doré rayonne de l’intérieur, comme dans les vêpres de Rachmaninov ou les clairs-obscurs de Rembrandt.
Dans cet « état miel », j’active quelque chose de spécifiquement humain; ainsi c’est l’homme, et lui seul, qui fait naître la lumière des ténèbres.

Aucun doute, cela parle de la « Source Hvergelmir ». La racine qui s’en nourrit est familière du pôle froid et cadavérique en nous, donc de la tête. La description scandinave de cette source, gardée par un serpent, fait entrevoir ce qui est propre à l’homme moderne.

Février 2022

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